L’Indonésie au son du Gamelan

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Indonésie Sulawesi paysage de rizières dans la végétation luxuriante

Paris à l’aube. Aéroport Roissy CDG vol Cathay Pacific à destination de Jakarta avec escale à Hong Kong. Que sais-je de l’Indonésie ? Rien. Quelques informations clichées, cartes postales de plages paradisiaques, archipels volcaniques puis grands reptiles nommés Dragons de Komodo. J’embarque sur le tarmac avec curiosité puis appréhension du voyageur vers l’inconnue.

Après 17 heures de vol l’avion se pose à Yogyakarta climat équatorial 35°humide. Premier contact avec la population locale très souriante, hospitalière, chaleureuse élégantes femmes voilées, gracieuses, beauté des visages exprimant la sérénité, la plénitude, très curieuses du voyageur venu de France qui demandent des selfies afin de mémoriser l’instant présent, estampiller la rencontre imprévue.

Indonésie ville de Yogyakarta citoyens musulmans.

Rendez-vous avec Tony Pasuhuk guide touristique francophone. Il m’accompagnera à travers le pays, sera interprète car ici on parle très peu le Français en revanche l’Anglais est la deuxième langue nationale après le Javanais. Mon sac de bourlingueur chargé dans le 4×4, mes premières déambulations dans la capitale. Premières sensations, une fourmilière qui grouille jours et nuits. Scooters voitures, vélos, motos multitudes de petits magasins, restaurants, ici on vit le temps présent 24h/24 comme dans le reste de l’Asie.

Une population très dynamique, jeunes, avec la rage de vivre, le sourire aux lèvres, filles, femmes aux Niqab multicolores habillées néanmoins à la mode occidentale, pas farouches plutôt avenantes tout en restant pudiques à la séduction subtile. Les garçons, casquettes hip-hop baskets à l’américaine ou en costume traditionnel pour les anciens, jouent la carte de la sensualité, style Bollywood, avec un souci du détail vestimentaire qui renvoie aux traditions, à la démarche nonchalante cependant empreint d’une grande courtoisie de respect, à l’égard de l’étranger.

Indonésie la jeunesse de Yogyakarta au temple de Borobudur.

Contrairement à certaines capitales d’Asie, Yogyakarta est propre, aucune saleté ou ordure qui trainent dans les rues, dignité et respect de l’espace public.

La ville se compose de différentes manières. Palette urbaine, tantôt d’immenses buildings similaires à ceux de Hong Kong se mêlant à l’architecture coloniale, maisons traditionnelles entourées des monuments ou temples anciens appartenant au passé. Borobudur. Prambanan.

Population majoritairement musulmane, Sunnite, courant de pensée Soufiste ayant gardé cependant les rituels du passé empreint de l’Hindouisme, Bouddhisme de l’Animisme. Loin de l’islam intolérante des Wahhabites. En revanche la loi de la Charia est appliquée pour punir celui ou celle qui enfreint les lois du pays.

Pays de tolérance épris du désir obsessionnel de l’unité nationale, du respect des traditions, écoles laïques et coraniques. Le Pancasila propre à l’esprit et l’intelligence du héros national Ahmad Soekarno. Ce nom résonne comme un gong, au-delà de cet archipel à la complexité politique et religieuse contradictoire, constructive en quête de cette liberté de pensée. Tel était son souhait faire de l’Indonésie un pays moderne, unique novateur, incontournable en Asie, similitude avec le projet d’Ho Chi Minh au Vietnam. Pilier du futur face à la Chine rivale, à l’islam intégriste venue d’Arabie.

Le Pancasila basé sur cinq principes, préceptes laïques ; croyance en un Dieu unique, une humanité juste et civilisée, l’unité de l’Indonésie, Une démocratie guidée par la sagesse à travers la délibération et la représentation, la justice sociale pour tout le peuple indonésien.

Soekarno sera malheureusement écarté du pouvoir par son détracteur et dictateur Soeharto en 1968. Quatrième pays le plus peuplé de la planète, aux ethnies diverses, dominées par les volcans les plus puissants, instables imprévisibles dans le monde comme le Bromo, le Agung, Merapi, Krakatoa. Richesses culturelles de la préhistoire l’homme de Java, de Flores, fortes influences Hindouistes, passé maritime, commerce des épices, entre l’Inde, la Chine puis l’Arabie, facilitant l’invasion de l’islam vers le 15eme siècle. Colonisation Néerlandaise, 16eme siècle. Création de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, occupation Japonaise en 1942, libère le pays de ses colons Hollandais. Faunes et Flores uniques, espèces endémiques comme le célèbre Varan de Komodo. Paysage hors du communs entre plages désertes nature sauvage et végétation luxuriante.

Après quatre jours dans la capitale, je pars pour Makassar capitale des Sulawesi nommée jadis les Célèbes. Célèbres pour ses goélettes, boutres à la proue très avancées nommées ici Pinisi.

Indonésie Port de Makassar Sulawesi. boutres Pinisi .

Grand port de commerce au temps jadis, aujourd’hui transport d’iles en iles des marchandises de premières nécessités. La ville se transforme la nuit en escale pour touristes et marins addictent à la prostitution.

Sans regrets, je quitte Makassar pour la région du Toraja à travers les rizières sur la route de Sengkang. Changement de décor radical, montagnes à végétation luxuriante, jungle, altitude 2500 mètres, direction Rantepao.

Région authentique, atypique, chrétienne et animiste à la fois. Maisons sur pilotis, terres agricoles fertiles, plantations de cacao, café, riz, épices, clous de girofles, noix de muscade, curcuma, coriandre, palmiers cocotiers, bananiers à pertes de vue. Spécialité le Café Civette Luwak, torréfié avec les excréments de l’animal qui se vend à prix d’or au trébuchet. Très bon !

Indonésie Sulawesi Maisons sur pilotis sur les rives du Lac Tempe.

Traditions animistes très fortes ici, on enterre les morts dans des grottes creusées dans les falaises sur le flanc des montagnes comme chez les Dogons. Puis on place à la naissance des enfants, le placenta des femmes, sous une pierre déposée à l’Est, sous la demeure familiale. Les fausses couches, les nourrissons morts à la naissance quant à eux sont placés dans le tronc des arbres, par l’intermédiaire d’une petite porte sculptée dans l’écorce, au milieu d’une forêt de bambous.

Les ethnies du Toraja sont très superstitieuses, on craint les mauvais esprits omniprésents qui hantent les lieux du quotidien. Pour ce faire chaque défunt se voit représenter par une statuette les Tau Tau, devant la sépulture en forme de sarcophage, qui permet aux vivants d’honorer l’âme des morts de pouvoir communiquer avec eux.

Autre spécificité, la construction des maisons traditionnelles en forme de bateaux les Tongkonan qui rappellent l’histoire des racines de ce peuple Bugis venu par la mer se sédentariser en devenant agriculteurs, sur les terres fertiles. Les demeures sont ornées de cornes de buffles symbolisant la caste sociale de la famille, plus il y en a, plus la famille est noble et riche.

Indonésie Sulawesi région du Toraja maisons traditionnelles.

Les enfants vont à l’école. Parfois de courte durée, pour rejoindre les adultes au travail, question financière oblige. Le Buffle d’eau est considéré comme un patrimoine, une assurance vie, chaque famille en possède un, voire plusieurs, il est sacré traité comme un Dieu, on ne l’utilise jamais comme outil agricole. On pratique le sacrifice animal, porcs poulets, parfois buffles, uniquement pour les rites funéraires. Le mariage est obligatoire, faire des enfants aussi, c’est l’héritage du nom, la fierté de la famille qui est en jeu.

Indonésie Sulawesi village de Rantepao.

La population Sulawesi pratique l’hospitalité sans limites, la convivialité, le partage, le franc parlé, je fus invité à un mariage avec mon guide, alors que je passais au hasard dans un village.

Indonésie Sulawesi Lac Tempe pirogue rapide vers les villages flottants.

Nous partîmes tôt, dans la matinée, vers le Sud, en direction du Lac Tempe. Là une pirogue à moteur nous attendait afin de naviguer, sur cet étendu d’eau, à travers villages flottants puis Jacinthes d’eau à profusion. Nous fûmes accueillis par une famille de pêcheurs, autour d’un thé vert puis de beignets de bananes. Chaleur accablante, nous sommes rentrés par l’autre rives, en observant oiseaux migrateurs, techniques de pêche au carrelet, femmes et enfants se lavant dans l’eau du lac.

Le lendemain, à nouveau sur le tarmac de l’aéroport de Makassar, je m’envolais pour Bali. Capitale Denpasar puis transfert pour la ville d’Ubud.

Indonésie Bali on apporte les offrandes aux Dieux en famille.

Autre visage de cet archipel indonésien. Ici on a la sensation que le temps s’est arrêté, on vit au ralentit aux rythmes des dieux, des offrandes, aux parfums de bois de Santal, costumes colorés, hommes et femmes constamment en habits traditionnels Batik, dans le silence, la méditation, regards concentrés, invoquant les esprits, l’âme des défunts, le tout aux sons des Gamelans. Puis aux rythmes des cérémonies, organisées dans les ruelles décorées. Le Kuningan et Galungan, bloquant le quotidien de tous, durant quelques minutes, on s’arrête, on prie, on honore. On se sent perdu, égaré, déstabilisé au milieu de nulle part, je m’interroge alors soudainement sur ma propre existence, sur cette société française, vivant dans l’égoïsme, l’égocentrisme, l’individualisme, qui finalement, au détriment de son peuple, en oublie ses valeurs, ses principes humanistes, le sens des valeurs fondamentales de l’existence humaine. C’est un choc, y compris pour les touristes baillis qui en perdent leur Latin et repères d’occidentaux. Invité le soir même à l’alliance française, au centre culturel d’Ubud à participer à un spectacle de danses Balinaises, histoire de m’imprégner de cette culture afin de mieux en décortiquer, les us et coutumes, les codes.

Indonésie Bali cérémonie du Kuningan ville de Ubud.

Consécration, apothéose, stupéfaction, unique, performance artistique hors normes, hors du commun, grâce, beauté du geste, splendeur des costumes ,maquillages des visages dignes d’esquisses millénaires, je resterai scotcher, bouleverser, intriguer, sur ma chaise, hypnotiser par les yeux des danseuses invoquant les dieux, les esprits, narrant des histoires, légendes du passé, à travers les danses du Pendet, Topeng Tua,Cendrawasih,Oleg Tamulilingan puis Legong Keraton. Nous sommes dans le registre du divin, les mots ne suffisent plus pour décrire ; ce que l’on voit perçoit, vit, on ne peut oublier. Il faut comprendre appréhender, s’oublier, pratiquer l’introspection afin de se dégager, de cette vision occidentale pour s’initier dans le cœur des Balinais, pas facile ! Vénérer les entités, les avatars des dieux, Brahma, Shiva, Ganesh, Vishnou, « la cosmogonie Balinaise » : harmonie entre l’être puis le cosmos. Dieux et Démons adulés à coups d’offrandes, d’encens, on se ruine pour eux. Indonésie mystérieuse surprenante, fascinante, intrigante.

Indonésie Bali danse du Legong Keraton ville de Ubud. accompagnée de l’orchestre de Gamelan.

Je repars songeur, à destination de la France, en passant par Hong Kong, que sais-je de l’Indonésie ? Pas plus, qu’au premier jour. En revanche beaucoup plus sur moi-même, c’est le propre du voyage, de l’aventure au bout du Monde, de retour dans ma capitale Paris, sur le tarmac de l’Aéroport mon esprit résonnait encore au son du Gamelan.

Selfies Selfies Made in Indonésia.

Patrick Compas. article publié le 17novembre 2017.

(crédits photos Patrick. Compas allrightsreserved)

Indonésia Travel : Java Island, Sulawesi Island,Bali Island.

 

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